Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 10:42

 

Par Jean-Yves Guerin  In « Le Figaro » 30/12/2010
 


Les entreprises de travail temporaire n'auront plus qu'à gérer 80.000 à 85.000 chômeurs, au lieu de 200.000 aujourd'hui. Crédits photo : François BOUCHON/Le Figaro

L'organisme public va réduire de deux tiers son recours aux opérateurs privés l'année prochaine.  

 Ce n'est pas un cadeau que Pôle emploi vient de faire aux entreprises de travail temporaire. Quelques jours avant Noël, son directeur général, Christian Charpy, a déclaré que le recours aux opérateurs privés, notamment les groupes d'intérim, baisserait de deux tiers en 2011. Au lieu de suivre 200.000 chômeurs, ces sociétés n'auraient plus qu'à en gérer 80.000 à 85.000. «Je nous trouve bien mal traités, proteste Françoise Gri, présidente de Manpower France. Nous n'étions pas au courant de cette décision. Nous avons appris par voie de presse que ces prestations seraient réduites.»

Les autres grands du secteur, eux, font profil bas sur cette affaire. À l'image de Randstadt France où l'on affirme: «Les politiques budgétaires de Pôle emploi n'ont pas à être commentées.»

Un excès de prudence pour ne pas mécontenter un client? Pas uniquement. En fait, ces contrats lancés au plus fort de la crise en 2009 n'ont jamais pesé très lourd. Chez Crit, cette activité génère 3 à 4 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires total supérieur au milliard. Chez Adecco France, elle représente moins d'1% des ventes. Et les marges sont plus faibles que dans une activité d'intérim classique, compte tenu des exigences de Pôle emploi: «La productivité est difficile, car on nous impose une multiplicité de points d'accueil spécifiques pour les demandeurs d'emploi», souligne François Davy, président d'Adecco groupe France.

Si les grands de l'intérim se sont lancés dans cette activité, c'est qu'elle les a aidés à passer la crise. «Ces contrats étaient bienvenus, car notre réseau était disponible et pas suroccupé», illustre Nathalie Jaoui, présidente de Crit. «Cela a permis de ne pas trop toucher aux équipes dans les agences», renchérit Arnaud de la Tour, président du Prisme, syndicat professionnel des entreprises de travail temporaire.

Potentiel sur le marché de la fonction publique 

Mais, aujourd'hui, le secteur connaît un début de reprise vigoureux. Au troisième trimestre 2010, Adecco France affiche une progression de son activité de 19%. Manpower France table pour le dernier trimestre 2010 sur une augmentation de ses ventes comprise entre 15 et 18%. Pas encore de quoi pavoiser, car le secteur n'a pas retrouvé son volume d'activité d'avant crise, en 2007. N'empêche, avec ce redémarrage, les activités de sous-traitance avec Pôle emploi sont passées au second plan. «La question se posera de savoir si nous répondons à ses appels d'offres en 2011», estime Françoise Gri.

En fait, les grands du travail temporaire préfèrent se projeter dans l'avenir. «Depuis peu, la fonction publique peut recourir au travail temporaire, explique François Davy. Il y a un énorme potentiel. Rien qu'au premier semestre, nous avons réalisé un chiffre d'affaires supérieur à 20 millions d'euros sur ce créneau.» Mais, avant de se lancer dans de nouvelles aventures, il faudra clore la parenthèse ouverte avec Pôle emploi: Manpower, qui avait recruté 120 personnes en CDD pour reclasser des demandeurs d'emploi, va devoir mettre fin à leur contrat.

Par unsa - Publié dans : Actualités
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Billet d'humeur

 

Si j'étais conseiller à l’emploi...

J'en aurais assez. Je serais fatigué. Lassé d'entendre sans cesse les mêmes accusations, les mêmes récriminations, les mêmes injustices. 

Je n'en pourrais plus d'être écartelé chaque jour entre le besoin qu'on a de moi, de la chance de retrouver un emploi que je représente et l'hostilité qu'on éprouve à l'égard de Pole Emploi et de la contrainte nécessaire qu'il doit exercer.

J'aurais envie de dire, à ceux qui m'obligent à frôler les murs dans le quartier où j'habite, aux professionnels de l'indignation et de la société théorique, à toutes les bonnes consciences heureuses d'avoir avec mes collègues et moi des boucs émissaires idéaux, qu'ils n'ont qu'à prendre ma place, mon service et mes responsabilités. Qu'ils fassent "mon boulot" et on verra si leur angélisme ne s'imprégnera pas alors d'un peu de réalisme !

Je ne supporterais plus d'être toujours et à tout coup traité de bon à rien. On dirait que Pole Emploi propose, conseille, oriente, est insulté et moqué par plaisir ou ignorance. Il n'y aurait que des bosseurs partout et nous aurions tort de nous mêler de ce que notre mission implique. Moi aussi, je voudrais pouvoir bénéficier de la présomption d'innocence et sentir, en ma faveur, la grande houle systématique des droits de l'homme, des syndicats, des chômeurs, des employeurs et des humanistes patentés. Mais incapable d'entrée de jeu, je devrais encore m'estimer chanceux si on ne me renvoie pas devant le tribunal.

Je serais dégoûté d'être abandonné par un Etablissement qui aurait  dû être mon allié naturel, les politiques, les patrons, les partisans d'une société à peu près vivable où l'emploi ne serait que le moyen de la justice. Les politiques fluctuent à notre égard au gré de l'imprévisibilité sociale. Poussant les feux selon les évolutions de l’opinion publique.

Je dénoncerais ces projets de réforme qui parlent du travail des conseiller à l’emploi sans les solliciter le moins du monde, comme si ceux-ci n'étaient pas là disponibles, légitimes pour traiter de ce qu'ils connaissent au quotidien. C'est D'ABORD eux qu'il aurait fallu écouter, comprendre et consulter.

Mais il faudrait du courage politique et de la constance professionnelle, plutôt que de modifier les règles il faudrait un contrôle  réel et sérieux, juridiquement parlant, de la recherche d’emploi. Mais une telle démarche serait infiniment plus ardue et éprouvante que de faire des prescriptions systématiques ! Nous serions nombreux à approuver une telle rigueur. Elle nous dispenserait du procès global qui nous est intenté à cause de quelques-uns. Ce qui est sûr pour les conseiller à l’emploi, c'est que les moyens de la lutte contre le chomage vont subtilement être infléchis, atténués mais  qu'on continuera pourtant à réclamer un Pole Emploi réactif partout, ce qui est à la fois impossible et absurde. Travailler plus et mieux avec moins, comment faire ?

Je m'opposerais à tous les donneurs de leçons. Aux vertus qu'on exige de nous, connaîtrait-on beaucoup de politiques, de patrons,  de syndicalistes et de journalistes dignes d'être conseiller à l’emploi ? Je sais que parmi nous il n'y a pas que des "aigles" et qu'il est dangereux de donner du pouvoir à des médiocres. Mais là aussi qu'attend-on ? Comme dans bien des corporations nous avons nos "brebis galeuses". La fonction de conseiller à l’emploi est une charge, un honneur, parfois une souffrance.  

 Rien de plus, rien de moins.

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