Le médiateur national de Pôle emploi a rendu son premier rapport annuel d'activité. Il relate les « drames quotidiens » vécus par certains chômeurs, confrontés à des situations ubuesques.
C'est un ingénieur, licencié par simple mail et toujours sans revenu huit mois après car Pôle emploi refuse toute indemnisation tant que la justice n'a pas validé le licenciement. Ou bien une femme qui a eu le malheur d'aller ouvrir la porte au facteur quand son conseiller l'a appelée et qui se trouve radiée bien qu'elle ait rappelé aussitôt. Ou encore un travailleur social qui a besoin d'une formation pour se reconvertir mais que Pôle emploi ne peut financer car elle est trop brève… Le premier rapport d'activité du médiateur national de Pôle emploi, créé à la suite du Grenelle de l'insertion, n'a pas choisi la langue de bois en mettant en avant des « drames quotidiens ».
Benoît Genuini, président de l'Agence nouvelle des solidarités actives, ancien président d'Accenture France, veut ainsi « sensibiliser » et plaider pour « une approche de médiation dans laquelle l'homme garde la main et maintient son contrôle sur un système parfois aveugle » « où la relation humaine et le respect réciproque continuent de l'emporter sur les procédures technocratiques ».
Il doit faire beaucoup de jaloux parmi les conseillers de Pôle emploi, submergés par la montée du chômage et qui n'ont pas forcément la même liberté de « se référer à l'esprit de la règle » et non à sa lettre, par exemple pour régler un problème de trop-perçu. Dès la première année, l'équipe du médiateur et ses correspondants dans les directions régionales de Pôle emploi n'ont pas chômé. En rythme annuel, le nombre de saisines recevables, c'est-à-dire ayant fait l'objet auparavant d'une réclamation directe au service de Pôle emploi concerné, est évalué entre 6.000 et 7.000. La moitié a concerné l'indemnisation, 13 % les aides et mesures gérées par le service public de l'emploi et 9,3 % les inscriptions et radiations, sujet très médiatique mais qui ne s'est pas retrouvé majoritaire chez le médiateur. Près de 60 % des saisines ont émané directement d'usagers de Pôle emploi, 16,8 % des cabinets ministériels et 3 % de l'Elysée, eux-mêmes interpellés par des particuliers ou des élus. Enfin, 9,6 % ont été transmises par le médiateur de la République.
Humaniser les relations
De ces saisines, Benoît Genuini a déjà tiré plusieurs propositions d'amélioration qui ont été soumises vendredi au conseil d'administration de Pôle emploi. Il préconise en particulier de mieux encadrer les suspensions de versement de l'indemnité chômage. Il souhaiterait les voir soumises à quatre conditions : une information préalable par lettre recommandée avec accusé de réception ; une demande d'explications pour éviter les erreurs d'appréciation ; une notification formelle de la décision de suspension motivée en fait et en droit et précisant les délais et voies de recours ; un encadrement dans le temps de la mesure de suspension. Le médiateur de Pôle emploi suggère aussi la suppression de la limitation à quinze mois de la durée de cumul d'une allocation-chômage avec un revenu d'activité réduite. Enfin, Benoît Genuini estime que Pôle emploi doit faire un effort dans le contenu de ses courriers : incohérences générées par l'informatique, anonymat et absence d'explications claires sont autant de sources d'incompréhension qu'il faudrait lever.
LEÏLA DE COMARMOND, Les Echos
